Trop vieux pour commencer la musique ?

Danmir12 - freepick

Crédit photo : Danmir12 (freepik)

Zoltan Kodaly, grand pédagogue interrogé sur l’âge idéal pour débuter la musique répondait ceci : « Jadis, je disais que l’éducation musicale devait commencer 9 mois avant la naissance de l’enfant ; maintenant, je dis qu’elle doit commencer avant la naissance de la mère ».

Ou, plus clairement, comme le disait Michel Onfray dans La Raison des Sortilèges : « « le processus mystérieux de la musique s’établit… par le marquage d’une zone neuronale par une information hédoniquement coefficientée dans les heures généalogiques de la formation d’une identité personnelle ».

Je sens que je vous ai perdu là… C’est pourtant clair comme de l’eau de roche : puisqu’on vous dit que vous êtes trop vieux pour commencer la musique !

Sauf que…

Tout le monde ne débute pas sa vie dans une famille de musiciens, ni même dans une famille éduquée à la musique, comme le préconisaient Zoltan et Michel. Que ceux dont les parents sont musiciens lèvent le doigt ! Bon, vous voyez, vous n’êtes pas le seul à vouloir faire crisser les cordes du violon que vous avez dégoté sur ebay, alors que pour vous, une portée, c’est un magnifique ensemble de chatons nés le même jour.

Pour débuter la musique, l’âge idéal, c’est quand vous en avez vraiment envie. Il y a beaucoup de solutions de facilité pour ne pas se lancer, beaucoup d’excuses pour ne pas passer à l’action. Et si vous n’êtes pas sûr de pouvoir y arriver, voici quelques arguments qui, je l’espère, vous feront changer d’avis et abandonner pour toujours l’argument de l’âge.

1) Les méthodes actuelles sont plus conviviales qu’autrefois

Vous n’avez pas pu débuter au berceau ? C’est peut-être une bonne chose. D’abord parce qu’à l’époque ou vous étiez enfant, les méthodes pédagogiques n’étaient pas forcément toutes tournées vers la bienveillance et l’aspect ludique. Combien de parents désarçonnés viennent me confier qu’ils ont hésité à inscrire leurs enfants à l’école de musique, de peur d’être dégoûtés de notre art (et surtout du fameux « solfège ») comme ils ont pu l’être en leur temps !?

D’une part, beaucoup de méthodes sont conçues pour être plus conviviales, accessibles à tous et adaptées à l’âge de l’élève. Il y en a pour tous les goûts, tous les styles, tous les âges.

Méthodes de piano

Schmoll versus Astié, au premier abord, vous préférez apprendre avec qui ?

Cela va plus loin que le côté esthétique des manuels, la formation des professeurs consacre aujourd’hui une part importante à la psychologie de l’enfant et de l’adulte, et de différentes méthodes pédagogiques ou de communication qui ont fait leurs preuves (méthodes actives, pédagogie positive, communication non-violente, etc.)

Loin de moi l’idée que les professeurs des années 70 étaient moins compétents que ceux d’aujourd’hui. C’est plutôt l’évolution des méthodes pédagogiques qui est intéressante. N’en déplaise aux adepte du « c’était mieux avant », comme dans bien d’autres domaines, l’éducation musicale est désormais plus tournée vers l’élève, son projet, ses attentes, sa personnalité, et elle tient d’avantage compte des dernières découvertes en matière de psychopédagogie.

2) C’est bon pour votre cerveau

Certaines personnes pensent que l’âge rend l’apprentissage plus laborieux que pour un enfant, du fait que celui-ci construit son cerveau en même temps qu’il apprend la musique, alors que l’adulte ne ferait que perdre des neurones de jour en jour. La bonne nouvelle du jour, c’est qu’on sait maintenant que la construction du cerveau se poursuit à l’âge adulte.

De plus, la pratique musicale vous permettra de préserver et contribuer à conserver et même améliorer vos capacités cognitives. Et ça, ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les neurologues ! Elle est même considérée par certains comme un traitement possible à certaines pathologies neurologiques. La pratique musicale vous permet, en outre, de développer les capacités de votre cerveau droit, celui de la créativité, de l’imaginaire, de l’intelligence émotionnelle.

 

3) Vous avez tout le recul et les acquis d’un adulte

En débutant aujourd’hui, vous mettez toute votre culture, vos goûts, vos apprentissages antérieurs au service de votre pratique musicale. Vous l’abordez avec votre maturité d’adulte. Vous avez déjà une idée de ce que vous voulez faire, du type de musique que vous souhaitez aborder, des projets artistiques vous souhaitez concrétiser (groupe, concert dans un cadre précis…). C’est l’occasion rêvée de recycler quelques restes de notions de musique glanées ça et là, au détour d’un cours de collège. Peut-être même avez-vous déjà pratiqué un instrument dans votre enfance ? Vous étiez sans doute loin de penser que le morceau de flûte à bec que vous aviez interprété devant un parterre de parents aux yeux humides vous serait un jour utile.

4) Ça permet de soutenir l’économie concrètement

Vous souhaitez sauver le monde, mais vous ne savez pas par où commencer ? Je vous reconnais bien là… Saviez-vous que le secteur culturel produit 3,2 % du produit intérieur brut, c’est-à-dire presque autant que les industries alimentaires ou l’agriculture, deux fois plus que les télécommunications et sept fois plus que l’industrie automobile  ?

En vous impliquant dans une activité artistique, vous contribuez concrètement à faire vivre des dizaines d’acteurs de la vie culturelle et de l’économie locale.

5) C’est votre projet, personne ne vous y contraint

Ce désir de musique, il vous appartient. Il ne vient pas de vos parents. Personne ne vous force à vous y mettre. C’est votre choix, pleinement. Et vous pouvez vous en féliciter. La prof de musique que je suis ne peut que remercier les adultes qui assument leur passion plutôt que de la vivre par procuration avec leur progéniture. Vous aimez la guitare ? Lancez-vous, ne projetez pas votre désir de musique sur vos enfants ! J’ai encore la larme à l’œil quand je me souviens de cette jeune fille qui m’avait confié « on m’a mise à la flûte, mais ce n’est pas ça que je voulais faire ».

violoncelliste transportant son instrument

Le violoncelle, au moins, personne ne vous a forcé à le porter… ©John Evans – freeimages

6) Se remettre dans la posture du débutant, c’est profitable à tout âge

Il est très formateur de revenir dans la peau du débutant plusieurs fois au cours de sa vie, spécialement quand on veut enseigner. Bien des professeurs gagneraient à débuter un nouvelle discipline plusieurs fois au cours de leur carrière, pour se reconnecter aux problématiques concrètes de leurs élèves, en se remettant dans la posture de celui qui apprend les bases. Plus largement, quand on est spécialiste dans un domaine, artistique ou pas, on peut avoir tendance à rester le nez dans le guidon, et ne pas s’apercevoir que le commun des mortels n’a aucune idée du monde dans lequel on vit. La prochaine fois que le conseiller des impôts vous expliquera que « la demande reconventionnelle de réparation formulée par la partie qui n’est pas à l’origine de la saisine du juge est pourtant bien notifiée dans l’article 64 du code de procédure civile », vous pourrez gentiment lui suggérer de revenir au monde des humains, par exemple en prenant des cours de cornemuse ou de bandonéon. Ça devrait l’aider à retrouver un peu de modestie et de compréhension à l’égard des gens qui ne comprennent rien à son charabia.

7) Ça fait toujours bien sur un CV

Lorsqu’on cherche un emploi, il n’est pas toujours évident de se démarquer par rapport aux nombreux autres candidats tout aussi qualifiés que vous. Le fait de pratiquer une activité artistique peut attirer l’attention du recruteur et vous permettre de vous différencier, d’être perçu comme une personne pour qui le travail n’est pas tout, qui fait preuve de curiosité, ouvert à d’autres domaines. Pour peu que votre interlocuteur ait les mêmes goûts que vous, ou s’intéresse à vos activités annexes, vous pourrez plus facilement créer une relation de confiance.

8) Il n’a jamais été aussi facile de s’y mettre !

Tout le monde n’a pas la chance de vivre à proximité d’une école de musique, cependant aujourd’hui avec internet, on trouve facilement des cours en ligne pour tous types d’instruments (de plus ou moins bonne qualité, je vous l’accorde). Ce n’est certes pas la panacée, mais cela peut être un bon début et n’empêche pas de faire des stages ponctuels pour rectifier le tir avec un professeur en chair et en os. Le site internet de La Cité de la Musique répertorie un grand nombre de stages en France et à l’étranger. Débuter ou consolider votre pratique par un ou plusieurs stages peut être un bon compromis si vous travaillez la plupart du temps en autodidacte.

Par ailleurs, les écoles à domicile fleurissent un peu partout. L’accès aux partitions est également facilité grâce aux librairies musicales qui possèdent à présent des catalogues en ligne.

9) Parce que c’est le pied !

Pas besoin d’en faire des caisses sur ce sujet, tout le monde le sait : faire de la musique c’est le pied !

Vous ne rêvez pas de vous éclater sur une batterie, une guitare, un piano, un violon ? De vous prendre pour Jimmy Hendricks, Duke Ellington ou Jean-Pierre Rampal ? De groover dans un club de jazz ? De rayonner sur la scène d’une salle de concert ou simplement dans votre salon ? (Oui, ça peut être très agréable de rayonner dans son salon)

La musique peut contribuer au bonheur. D’un point de vue physique, l’écoute ou la pratique musicale peuvent stimuler la sécrétion de différentes substances aux effets très positifs sur notre humeur : la dopamine (neuromédiateur du désir), la sérotonine (effet anti-dépresseur), les endorphines (procurent une sensation de bien-être voire d’euphorie) et l’adrénaline (permet de faire le plein énergie, euphorisante et analgésique).

Concert de Patrice

Concert de Patrice – photo Eddy Berthier


Par ailleurs, la musique est une pratique sociale, elle vous permettra de vous faire de nouveaux amis, en dehors de la sphère du travail.

Nouvelles rencontres, hormones en ébullition, c’est déjà le début du bonheur, non ?

10) C’est le moment où jamais de réaliser un rêve

Si vous ne le faites pas maintenant, quand pourrez-vous le faire ? Allez, hop hop hop, on sort du train-train, on se donne les moyens d’y arriver, on fait des recherches sur l’instrument qui nous intéresse et on pousse la porte de l’école de musique la plus proche !

N’ayez pas peur de toutes les mauvaises raisons de ne pas vous y mettre, permettez-vous de suivre votre rêve musical, quel qu’il soit. C’est le BON MOMENT !

Vous avez aimé cet article ? Vous pensez qu’il pourrait être utile à la plus aigrie de vos tantes ou à votre grincheux de patron (à qui cela ferait le plus grand bien de se mettre à la cornemuse ou à la grosse caisse) ? Merci de le partager et de laisser un petit commentaire 🙂

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9 Comments

  1. Salut!

    J’approuve tous les points de cet article! Moi-même je viens d’une famille dont personne ne jouait un instrument. J’ai appris la guitare à l’âge de 15 ans et aujourd’hui à 27 ans, je compose ma propre musique et je joue de la basse et un peu de piano. Apprendre un instrument de musique, c’est un cadeau que l’on peut s’offrir à soi-même et pour le meilleur! Faut juste savoir choisir un instrument qui nous plaît! Merci pour ton article! 🙂

    • Merci Bruno pour ce témoignage précieux. Oui je suis d’accord, c’est un véritable cadeau, que certains n’osent pas s’offrir. L’argument qui revient le plus souvent, c’est : « j’aimerais bien faire de la musique, mais je n’ai pas le temps pour ça ! » Or, c’est en s’offrant ce temps que cela devient possible. Le temps, ça se « prend » !
      Quant au choix de l’instrument, il faudra vraiment que j’écrive un article sur ce sujet !
      (et du coup je file m’offrir une petite demi-heure de pause harpe 😉 )

  2. Bonjour Céline,
    Bien d’accord avec toi: il n’y a pas d’age pour apprendre!
    Et c’est même malsain de stagner trop longtemps… faut des projets pour avancer et être en constante évolution.

    Ton passage sur le solfège m’a fait sourire: J’en ai fait à 8 ans, et c’est vrai que c’était pas bien rigolo… (j’en ai 33)
    Quand j’ai démarré, c’était une année entière de théorie sans pouvoir toucher à l’instrument!
    c’est carrément frustrant, voire décourageant.

    Alors qu’aujourd’hui, il y a tellement de manières interactives et funky pour apprendre: vidéos, sites internet avec exemples sonores, etc.
    Y a plus d’excuses…

    Bravo pour cet article! j’espère qu’il motivera et inspirera de futurs musicien(ne)s.
    Bon courage à toutes et tous!
    Julien

  3. Fernando Paz

    Bonjour Céline,
    entièrement d’accord avec toi sur ces dix raisons de se mettre à la musique.
    En plus, mon expérience me dit que les adultes n’apprennent pas moins vite ni moins efficacement que les enfants. Simplement ils oublient plus facilement, mais cela s’arrange avec une pratique assidue.

  4. GROLLEAU

    Je suis en partie d’accord avec ce genre d’articles mettant en avant les nouvelles pédagogies musicales, qui permettraient de débuter la pratique d’un instrument de musique à tout âge. Je dis en partie car si effectivement on enseigne bien mieux aujourd’hui que par le passé, un adulte reste un adulte, avec son bagage éducatif et émotionnel. J’ai commencé le piano à 32 ans, j’en ai 64 aujourd’hui et j’ai toujours pratiqué assidûment, avec des professeurs pendant 10 ans. Aujourd’hui, dès lors que j’aborde de nouveaux morceaux, c’est toujours aussi laborieux. J’essaie en ce moment de jouer « sleep away » de Bob acri et je trouve cela hors de ma portée, ce qui me parait anormal après 30 ans de pratique. Je veux bien admettre que je ne suis pas doué mais je n’ai jamais rencontré d’adultes ayant commencé sur le tard et jouant facilement ce genre de morceaux. Tout cela pour dire que nous autres adultes avons de véritables blocages dont il est bien difficile de se défaire, et ce, malgré les meilleures approches psychologiques. Ceci dit, j’invite tout de même les adultes intéressés à tenter l’expérience qui reste une aventure enrichissante. Mon commentaire n’est donc pas destiné à décourager les éventuels candidats, juste à les prévenir que contrairement aux apparences, le piano, c’est difficile.
    J.marie

    • Bonjour Jean-Marie,
      Je ne partage pas la croyance selon laquelle faire de la musique est difficile, tant qu’on a choisi d’en jouer avec plaisir et qu’on se débarrasse de ses idées préconçues véhiculées de génération en génération. En revanche, suivant les objectifs qu’on se fixe, effectivement ça peut être exigeant et même très exigeant, de faire de la musique. La récompense n’en est que plus grande, quel accomplissement quand on a réussi à jouer telle ou telle pièces qui nous paraissait difficile au départ ! J’invite d’ailleurs souvent mes élèves à s’enregistrer de temps en temps pour mesurer les progrès parcourus pendant les inévitables périodes de découragement.
      Au plaisir de continuer à discuter, je vous souhaite de très beaux moments de musique, Jean-Marie (le prénom de mon papa, hé oui !)

      • jean marie

        Merci Céline pour votre aimable réponse.
        En fait, nous disons la même chose, à savoir que la musique est une expérience incomparable qui, à tout âge, peut rendre heureux. Maintenant, nous en avons une approche différente dès lors que si je me réfère à votre photo, nos ages diffèrent (pas à mon avantage!!). J’ai commencé le piano en même temps que mon fils qui, lui, avait 8 ans et je puis vous assurer qu’aujourd’hui, je ne lui arrive pas à la cheville.
        A ce sujet, j’aimerais bien que quelqu’un nous explique comment s’y prennent ces jeunes qui prétendent ne pas avoir étudié la musique et qui, pourtant, jouent dans des orchestres de musique moderne, souvent debout derrière des claviers. Font-ils n’importe quoi ou quelque chose de facile ou sont-ce des génies ? Question souvent posée à mes professeurs qui bottent en touche, dommage car là est peut-être la clef du mystère de l’apprentissage.
        C’est pourquoi j’adore demander conseils aux jeunes dès lors qu’ils sont supérieurs à nous autres séniors dans certains domaines comme l’informatique par exemple ou…la musique. Ensuite les différences d’age s’abolissent dès lors que nos passions nous rapprochent. Pardon mais je dois vous quitter pour rejoindre l’instrument.
        bien amicalement
        J Marie

        • Je n’ai certes pas votre âge, cependant j’ai débuté la flûte assez tardivement (juste avant mes 17 ans) comparativement à mes collègues professionnels. J’ai un autre collègue qui a débuté la flûte à 25 ans, qui est aujourd’hui intermittent et qui n’a pas les mêmes complexes que moi : quand il a envie de jouer de quelque chose, il ne se pose aucune question, il s’y met et il fait ce qu’il faut pour y arriver, jusqu’à temps qu’il y arrive. Il y a également dans mon école un monsieur de 68 ans qui était venu discuter avec moi en disant qu’il aurait tant aimé faire de la trompette, mais que c’était trop tard pour lui. Je l’ai encouragé à faire fi de ses a priori. Deux ans plus tard, il vient d’intégrer l’orchestre de l’école et il est ravi.
          Quant aux « jeunes » qui prétendent ne pas avoir appris la musique, et bien c’est juste qu’ils ont appris d’une autre manière : par tradition orale principalement, en complétant avec quelques informations sur la théorie, glanées ici ou là auprès d’autres musiciens, sur internet, dans quelques livres…

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